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Blog d'auteur

Boubaye

15 Octobre 2014 , Rédigé par mathias.goddon

Lecouerc avait minutieusement préparé son dossier sur Boubaye. Elle avait réuni le maximum d’éléments dont elle disposait. Dong avait parlé de ses habitudes et l’environnement de Mazzini était connu. Le rôle de Martinez restait obscur et il avait bien sûr un alibi la nuit du meurtre, ainsi que des amis prêts à se damner pour dire qu’il se trouvait à une fête avec eux.
Elle ressentait de l’appréhension de devoir s’exprimer devant une petite assemblée composée du commandant Lernier, le chef de service, mais aussi du commissaire principal, le grand manitou du commissariat, assez tendu par la publicité faite à cette affaire, devenue du coup prioritaire. La majorité des hommes du sous-sol étaient là, non seulement Jacquier, qui jouait le rôle d’assistant, mais aussi le lieutenant Dalbret, les brigadiers Toporre et Cercier.
Elle commença par se racler la voix.
–  Voilà les dernières informations que nous avons sur le meurtre de Boubaye. Au fond, nous savons peu de choses à son sujet. Son prénom est Félicien, il est arrivé si l’on en croit ses papiers à l’âge de 20 ans en septembre 1994 en provenance du Rwanda. Boubaye n’a pas de famille connue en France.
Jacquier afficha sur le vidéoprojecteur la tête de la victime. La photo datait de sa première arrestation en 1999.
–  C’est un réfugié, un survivant du génocide. Il ne s’est pas trop fait remarquer les premières années, mais très vite il s’est mis au service de Mazzini. Il a été condamné deux fois pour violence avec armes, la première en 2000 et la deuxième en 2004. Il a fait un séjour de deux ans à la prison de Varces. Il est resté constamment au service de Mazzini, il gérait une bonne partie de son business, trafic de stupéfiants compris. Seulement, jusqu’à présent personne n’a jamais réussi à la prouver. C’était un homme d’action devenu le bras droit du plus gros caïd de la ville. Il est évident que celui-ci est bien embêté par sa disparition, il faut qu’un autre lieutenant le remplace.
D’après tous les témoignages, c’est un homme froid et calculateur, parfois violent. Ses ex-compagnes n’ont jamais porté plainte, mais c’est une des raisons pour laquelle aucune n’a voulu prolonger leur séjour à ses côtés.
Depuis quelque temps, il se montrait assez discret, il a déménagé il y a six mois pour s’installer en plein centre d’Échirolles. Il est le prête-nom pour une pizza du centre-ville « Venicia », on ne lui connaît aucun diplôme dans la restauration ni même aucune aptitude dans ce domaine.
Depuis trois mois, il a une nouvelle petite amie qui se nomme Dong Sempachapan, 25 ans.
La photo apparut sous les sifflets approbateurs de la salle, notamment de Dalbret.
– Regardez-moi cette brune, il s’embêtait pas le salaud !
–  D’autant qu’il a chipé celle-ci à l’un de ses petits camarades de jeux… Un camarade qui rend des services occasionnels, un gros bras chargé de faire pression sur les mauvais payeurs. Mais bien sûr, il a un alibi pour la soirée qui nous intéresse. C’est une piste à prendre en considération, il aurait pu faire faire le boulot par quelqu’un d’autre, mais ce n’est pas trop le genre de la maison, il n’est pas très commode et plutôt fauché.
Cliché suivant…
Jacquier se réveilla de sa torpeur et afficha certaines photos de l’autopsie.
– L’autopsie a révélée que l’arme du crime faisait partie de la catégorie des armes blanches, un grand couteau, sans doute une machette. Il n’a pas eu le temps de s’enfuir et ne s’est pas défendu. Il a été frappé de face. Il connaissait certainement son agresseur. Les entailles sont multiples, plusieurs coups ont été porté au plexus et avec un grand acharnement. Sans doute une fois la victime à terre, l’assassin lui a coupé les parties génitales. Bien sûr, aucun témoin n’a parlé. Les prostituées roumaines disent n’avoir rien vu, et aucun autre témoin ne s’est manifesté depuis. Je suis persuadée parmi ses proches, par exemple quelqu’un qui travaille avec lui.
– Ou contre lui ? avança le commissaire principal.
– C’est également possible, en effet.
– Et sa petite amie, elle aurait pu s’en prendre à lui, vu ses antécédents. S’il avait l’habitude de taper sur les filles, peut-être qu’elle, elle s’est rebiffée…
–  À ceci près commandant que Dong n’a rien d’athlétique, il faut tout de même avoir de la force, me semble-t-il.
–  Je dirais plutôt de la dextérité, fit remarquer Jacquier.
–  Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un crime gratuit. C’est forcément lié à ses activités ou à sa sphère privée. Vous avec du boulot sur la planche, c’est le moins qu’on puisse dire. Et j’entends sonner les cloches du ministère, ils veulent que cette affaire soit résolue au plus vite. Il ne s’agit pas d’alimenter des fantasmes dans la population. Votre ligne doit être très claire auprès des journalistes, il s’agit d’un règlement de compte. Ça passe beaucoup mieux, même si ça fait une mauvaise publicité pour la ville. Remarquez, on a l’habitude, ce n’est pas comme c’était nouveau. Lernier, je compte sur vous pour manager au mieux vos hommes, enfin, excusez-moi lieutenant Lecouerc, votre personnel.
–  Mais certainement monsieur, quelqu’un veut-il ajouter quelque chose à l’excellent travail de Lecouerc. Jacquier, oui…
–  Je vais peut-être interroger de nouveau les prostituées. J’avais l’impression que l’une d’elles savait quelque chose…
–  Faites donc Jacquier. Lecouerc, vous nous avez parlé de Boubaye après ses 20 ans, mais que sait-on de lui avant son arrivée en France ?
–  Rien, on ne sait rien…
Lernier regarda longuement Lecouerc.
–  Enquêtez là-dessus et aussi sur cette Dong, on va bien fini par trouver le début d’une piste tout de même !

 

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