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Blog d'auteur

La bagarre

30 Novembre 2014 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

Extrait de ce que j'écris en ce moment et qui figurera peut-être dans un prochain roman... Ceci n'est qu'une fiction, évidemment... Toute ressemblance est purement fortuite...

On ne saurait dire pourquoi à certains moments les esprits s’échauffent. La lune, la chaleur, l’orage, la frustration… Une étincelle, aussi minuscule soit-elle peut provoquer les plus grands incendies. Insidieuse, elle se propage à la vitesse où s’écoule un torrent.
Ce matin-là Pacifique, d’ordinaire calme, abritait en lui les germes d’un volcan qui allait exploser. C’est à peine s’il adressa un bonjour à son professeur d’électrotechnique, Georges Forestier. Ce dernier ne s’en offusqua pas, mettant ça sur le compte de la fatigue. Certains avaient du mal à se lever le matin et la première tache de la journée, à savoir dire bonjour en arrivant, semblait être éprouvante pour certains.
Il suffit parfois d’un mot, pas plus. Nadjib en sortit quelques-uns qui mirent le feu aux poudres.
–  Alors, ça va mon petit pote ?
Il y eut une fraction de secondes pendant laquelle un grand silence se fit dans l’atelier, où les outils s’arrêtèrent de résonner et que tous les regards se tournèrent vers les deux protagonistes. La tension déjà palpable monta d'un cran. Dans le crâne de Pacifique, les neurones s’entrechoquèrent. Il se jeta sur Nadjib qui ne s’y attendait pas, le projetant à terre. Des insultes fusèrent dans la mêlée.
–  Ta mère la pute !
Leurs camarades se précipitèrent pour les séparer. Il fallut au moins quatre d’entre eux pour arriver à tenir les deux enragés. L’enseignant n’avait pas eu le temps d’esquisser le moindre geste et vit avec soulagement les autres élèves intervenir. Plus de peur que de mal, se dit-il. Il prévint tout de même le chef des travaux, qui gérait les ateliers et l’assistant d’éducation Ali. La CPE n’était pas de service ce jour-là.
À la récréation de dix heures, chacun vaqua de son côté, tout en se regardant comme des chiens de faïence. L’orage ne pouvait qu’éclater tôt ou tard. Des insultes fusèrent même entre les partisans de Pacifique et ceux de Nadjib, car il s’était constitué au fur et à mesure des clans. La plupart de ces derniers provenait de la ville de Fontaine. Pacifique rassemblait davantage, car il était originaire d’Échirolles et la  communauté noire du lycée. Ali passait entre les différents groupes, essayant de savoir ce qu’il se tramait. Il en parla à l’agent de prévention et au proviseur. Ce dernier demanda aux deux premiers nommés de surveiller le portail à la fin des cours de la matinée.
Midi, des élèves sprintèrent pour fuir plus rapidement ce lieu si honni. D’autres se groupèrent d’une manière inquiétante près de la sculpture qui bordait l’impasse. Ali et l’agent de prévention allèrent dans leur direction pensant qu’il fallait intervenir, mais l’essentiel se passa dans leur dos. À peine sorti du lycée, Nadjib se rua sur Pacifique. Il lui asséna un coup de poing que le jeune boxeur parvint à esquiver. Le deuxième, par contre le toucha à la face. Pacifique répliqua par une série de coup. Le temps de réagir pour Ali, les deux élèves se retrouvèrent à terre. Dans la confusion d’autres élèves en profitèrent pour s’échanger quelques coups.
Pacifique se releva le premier, Nadjib eut plus de mal, avec un nez qui saignait. Il fut emmené à l’infirmerie.
C’était le genre d’événement qui vous énervait un proviseur. Ces derniers, dont la plupart étaient toujours prêts à minimiser les faits s’agaçaient de voir une bagarre sous leurs fenêtres. Ils pouvaient toujours par la suite vous dire que ce n’était pas si grave que cela, que ça s’était passé en dehors de l’établissement et que ce genre de chose était inhérent à la population scolaire du dit lycée. Cependant, sur le coup, beaucoup d’entre eux paniquaient. C’était aussi le cas de celui-ci. Un coup de couteau était si vite arrivé. Il était soulagé de voir qu’il n’y avait qu’un nez cassé.
Pacifique ne faisait pas le fier, surtout lorsqu’il vit arriver son père dans le bureau du proviseur. Modeste entendit les faits, effaré, croyant revivre les douloureuses heures que lui avaient fait vivre son fils aîné.
–  Tu veux finir comme ton frère, c’est ça, tu veux finir comme ton frère ?!
Il lui donna une claque qui fit trembler jusqu’aux murs.
Trois jours d’exclusion. Ce fut la sentence prononcée par le chef d’établissement pour les deux élèves. Chacun savait que c’était Nadjib qui avait provoqué Pacifique, mais il y avait eu une bagarre impliquant les deux élèves. Il fut consigné chez lui le reste de la semaine avec interdiction de sortir de l’appartement. Sa console de jeu et son portable lui furent confisqués par son père qui les cacha dans son casier au travail. La bible et quelques livres serviraient de compagnons au jeune adolescent. Il devait également s’acquitter de toutes les tâches ménagères durant la semaine.
Le sort de Nadjib ne fut guère plus enviable. Le père, alerté par sa femme au sortir du travail prit quelques secondes de réflexion en l’écoutant. Elle décrivit d’une manière assez précise la façon dont elle avait été alerté par le lycée. Elle avait dû laisser les enfants dont elle s’occupait à la voisine et passer une demi-heure dans le bureau du proviseur à entendre les pires horreurs. Le sang du père ne fit qu’un tour à l’évocation de la bagarre, il défit son ceinturon et cogna son fils pendant plus d’un quart d’heure.

 

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