Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Blog d'auteur

Sur les traces de Boubaye...

27 Janvier 2015 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

Le commandant Lernier se tenait assis sur l’une des deux nouvelles chaises de bar installées devant la machine à café. Il n’était pas peu fier. C’était lui-même qui les avaient achetées une bouchée de pain à son beau-frère, qui voulait les changer. En attendant, plutôt en bon état, elles faisaient le bonheur de toute la division. Il affichait un sourire béat lorsqu’il aperçut le lieutenant Jacquier arrivé dans sa direction. D'un coup, son sourire s’effaça. C’était souvent une source d’ennuis que de le voir débarqué. Décidément, on ne pouvait jamais être tranquille cinq minutes.
–  Mon commandant !
–  Alors Jacquier, vous avez l’air d’avoir les traits tirés ce matin ?
–  Lecouerc et moi enquêtons dans les bars et les boîtes de nuit de la ville pour trouver des informations sur la victime.
–  Vous voyez que le métier offre tout de même quelques avantages… Et vous en avez trouvé, des informations ?
–  Oui, hier soir, je vais vous raconter.
Le lieutenant pris une pièce et l’introduisit dans la machine à café qui se mit en branle.
–  Nous avions déjà écumé pas mal de lieux dans la semaine. Boubaye fréquentait la moitié des bars de la ville, sauf qu’une serveuse nous avait dit d’aller voir à deux endroits en particulier, au « Kinshasa », un bar africain et aussi dans une boîte qui s’appelle « L’Équinoxe ». On a commencé par le bar. Avec Lecouerc, on s’est dit que si on se présentait comme des policiers, c’était foutu, les gens ne nous adresseraient même pas la parole. On s’est fait passer pour un petit couple qui voulait s’encanailler un peu dans un endroit exotique. Et on a bien fait, parce que je peux vous dire qu’au moment même où l’on a franchi la porte du bar, tous les yeux se sont braqués sur nous. Mais, ceci dit, l’accueil a été très bon. Et entre parenthèse, la serveuse est une bombe…
Jacquier prit son gobelet brûlant et vint s’asseoir à côté du commandant.
–  Le patron nous a peu causé. Il a vite été dans le potage avec quelques verres qu’il s’est généreusement offert, plus une tournée gratuite pour nous. À un moment, je lui ai demandé comme ça, sans y toucher s’il avait entendu parler d’un africain qui s’était fait planter l’autre jour en plein centre-ville. Il m’a dit :
–  Ne m’en parlez pas, Félicien était l’un de mes clients, et même un ami. Je suis allé à son enterrement, très triste tout ça !
–  Et il est reparti derrière son bar, alors que nous-mêmes, arrivés relativement tôt, nous avions pu nous installer à l’une des rares tables du bar. On l’a laissé tranquille pour ne pas éveiller ses soupçons. Il paraissait réellement affecté. Il m’a fait de la peine, car il est parti sans rien dire et à avaler un ou de verres de suite sans répondre aux gens qui l’interpellaient, tout juste s’il leur donnait un signe de la tête. Nous n’avons pas essayé d’interroger tout le monde, cela aurait paru trop suspect. Nous nous sommes contentés de boire et je vous dirais que la petite bretonne s’en est bien sortie, même si je crois qu’aujourd’hui, on ne la verra pas arrivé de bonne heure…
Le commandant commençait un peu à s’impatienter. Il dodelinait de la tête et regarda même sa montre. Jacquier prenait un temps fou pour raconter sa soirée.
–  Le plus drôle dans cette histoire, c’est qu’au fond, c’est nous qui avons dû répondre au plus grand nombre de questions, notamment d’un certain Lassana, un drôle de sbire celui-là, un gars assez imprudent en fait, qui ne se cache pas trop pour vendre sa beu…
Je vous imite la scène deux secondes :
 
« –  Alors mes frères blancs, la soirée se passe bien ?
–  Très bien merci.
–  Si vous avez besoin de quoi que ce soit ici, je suis là. Je m’appelle Lassana, je suis sénégalais et je connais tout le monde ici. Vous et la petite dame, vous êtes ensemble ?
–  Oui, pourquoi ? répondit Lecouerc.
–  Vous êtes une belle femme, ici on aime les belles femmes comme vous. Il faut aller danser, en profiter. »
 
–  Et bien sûr, on a dansé. Le métier, comme vous dîtes, a ses avantages. Lassana est revenu à l’assaut et a essayé d’en savoir un peu plus sur nous. Il a même voulu nous accompagner en boîte le lascar. On lui a affirmé qu’on rentrait chez nous, mais on a quand même emmené quelqu’un avec nous, un certain Jean-Pierre, un blanc. Un gars très sympa, qui a eu une petite amie africaine pendant quelques années. On a fraternisé avec lui et on a joué franc jeu sur notre véritable identité. Ça a payé. Il nous a révélé qu’une semaine avant la mort de Boubaye, celui-ci s’était battu avec un certain Léopold. Il nous dit que les bagarres sont une chose courante en fin de soirée avec tous les gens alcoolisés. Encore que peu de gens allaient chercher des ennuis à un gars comme Boubaye, étant donné le statut un peu particulier qu’il avait. Pourtant, c’est ce qui s’était passé ce soir-là. Il ne savait pas exactement lequel avait cherché l’autre, mais comme dans la majorité des cas, il s’agissait d’une histoire de cœur ou de cul, selon les cas. Quant à la femme en question, Jean-Pierre a feint de ne pas savoir de qui il s’agissait. On s’est ensuite rendu à la boîte « L’Équinoxe ». Là, on s’est présenté officiellement au patron avec nos plaques. On a bien senti qu’il avait quelques réticences à nous parler. Encore un qui doit payer une petite taxe à Mazzini en fin de mois. Il nous a simplement dit que Boubaye était un client régulier, sans histoire. Les serveuses n’ont pas été beaucoup plus prolixe.
–  Si je vous comprends bien Jacquier, il faut que vous retourniez dans ce bar pour essayer d’intercepter votre Léopold. À moins que vous ayez réussi à avoir son nom ?
–  Justement, nous ne l’avons pas, on va y retourner, oui…

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

plombier paris 14 31/01/2015 18:38

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

electricien paris 5 30/01/2015 11:37

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

mathias.goddon 30/01/2015 19:54

Merci bcp, je ne vois pas le lien, remettez-le, je me ferai un plaisir de visiter votre site :-)