Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Blog d'auteur

Scène de folie...

5 Mai 2013 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

Salle nue avec 5 chaises. Un homme entre suivi de 4 autres qui lui serrent la main. Le dernier au moment de saluer se prend une baffe. Ils portent tous des blouses blanches. Ils vont s’asseoir.


L’HOMME DU CENTRE. _ Bonjour, asseyez-vous !

Tout le monde se lève.

Un homme psychopathe entre d’un pas hésitant. Il regarde les cinq hommes.

L’HOMME DU CENTRE. _ Bonjour, levez-vous !

Les cinq intervenants s’assoient. L’homme qui vient d’arriver reste debout, interdit. Il n’a pas de chaise.

L’homme situé le plus à droite en dehors de l’accusé prend la parole. Il met son poing devant sa bouche tout en se raclant la gorge. Les autres l’imitent.

INTERVENANT n°1. _  On vous a vu vous échapper d’une ferme avec un cochon sous le bras

LE PSYCHOPATHE. _ C’est vrai, j’avais faim, je n’avais pas mangé depuis trois jours.

Un deuxième homme met son poing devant sa bouche tout en se raclant la gorge. Les autres l’imitent.

INTERVENANT n°2. _ Le problème, c’est que dans cette ferme on retrouvé toute une famille massacrée avec inscrit sur le mur : « Vous êtes tous des porcs ! »

LE PSYCHOPATHE. _  C’est vrai, en même temps le fermier m’avait légèrement contrarié. Je travaillais pour lui depuis longtemps et il me maltraitait. Pour sa femme et ses enfants, je regrette, mais en même temps ils m’ont vu le tuer, alors je n’ai pas eu le choix. Et une fois commencé, je me suis emballé, notamment avec leur enfant avec lequel j’ai fait l’hélicoptère, il a tournoyé comme une hélice avant de s’exploser contre le mur.

Les psychiatres le regardent avec effroi.

Un troisième homme met son poing devant sa bouche tout en se raclant la gorge. Les autres l’imitent.

INTERVENANT n°3. _  Ça n’explique pas le fait qu’ensuite vous êtes allé dans le village et vous avez mis le feu un peu partout, notamment à la maison de retraite, qui plus est en barricadant les portes…

LE PSYCHOPATHE. _ Oui, d’ailleurs c’est là que le cochon s’est enfui… En même temps, c’est à ce moment-là que j’ai fait économiser beaucoup d’argent à l’Etat, vous vous rendez compte à quel point ces quelques 50 personnes pouvaient coûter cher à la collectivité, des gens qui en plus souffraient atrocement et n’en avaient que pour quelque temps à vivre. De plus, leur famille n’a pas à payer l’incinération, je leur ai offert…

Un quatrième homme met son poing devant sa bouche tout en se raclant la gorge. Les autres l’imitent.

INTERVENANT n°4._ Mais c’est que vous ne vous êtes pas arrêté-là ! Vous avez volé un engin de chantier et vous avez saboté la voie ferrée à côté du village. Cela a fait dérailler un train qui transportait des missiles nucléaires, causant ainsi de la radioactivité dans toute la région !

LE PSYCHOPATHE. _ J’étais un peu énervé, il fallait que je me défoule. Je peux vous dire que ça a fait un magnifique feu d’artifice, tous ces missiles qui s’entrechoquaient entre eux et faisaient des étincelles. Je ne m’y attendais pas, c’était très beau !

Un cinquième met son poing devant sa bouche tout en se raclant la gorge. Les autres l’imitent.

INTERVENANT n°5. _ Causant ainsi la troisième guerre mondiale !

LE PSYCHOPATHE._ Je savais bien qu’un jour je serais célèbre. Me voilà comblé. Je ne pouvais demander mieux à la vie.

Lire la suite

En coeur et en coeurs

2 Mai 2013 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

 

 Mon cœur est lourd

Mon cœur est léger

Mon cœur s’amuse

Mon cœur pleure

 

Mes pieds s’agitent

Mon cerveau cogite

Mon estomac se noue

Et mon cœur boue

 

Mes bras se croisent

Mon regard te toise

Mes lèvres remuent

Mon cœur s’est tu

 

Tué mon cœur

Mon cœur sais-tu

Mon cœur saigne

Tu es mon cœur

 

Mon cœur s’embrase

Mon cœur s’arase

Mon cœur est naze

Mon cœur s’est tu (é)

Lire la suite

Implosion (6)

1 Mai 2013 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

6ème épisode. Retour sur un passé douloureux...

 

Chaque nuit, Modeste se réveillait en sueur en refaisant l’un de ses nombreux cauchemars. Il se revoyait en 1994 dans sa ville de Gitarama, située à 50 km de la capitale Kigali. Une femme l’avait recueillie. Il ne savait pas comment elle avait fait, mais il s’était retrouvé dans un lit, haletant de fièvre, puis, jour après jour, cette dernière s’était estompée. La femme était venue le voir plusieurs fois par jour, lui donnait à manger, passait des compresses sur son crâne défoncé et son corps meurtri. Elle s’occupait aussi du bébé en le nourrissant avec l’un de ses seins, l’autre étant occupé avec son propre enfant. Assise en face de lui, Modeste avait joui du spectacle de cette femme aux formes généreuse. Elle lui avait dit son prénom : Kintiya. Il avait repris des forces. Le mois de mai arriva en même temps que des militaires du Front Patriotique Rwandais.

Il avait entendu des grands cris. Kintiya avait déboulé dans la pièce en portant les deux bébés. Ils les firent asseoir sur le lit. Ils s’adressèrent à Modeste, intrigués par ses pansements et ses bandelettes qui lui barraient une bonne partie de la tête.

-          Qui es-tu, que t’est-il arrivé ? avait demandé l’homme en pointant son doigt sur sa propre tête.

-          Je suis Modeste Kirambali, voici ma femme et mes deux enfants. Les Hutus ont massacré notre village et une partie de notre famille.

Heureusement, les deux bébés étaient du même âge et l’on ne pouvait pas spécialement leur trouver de grandes dissemblances.

-          Nous sommes les ennemis des génocidaires hutus, les fiers guerriers du FPR, donc vous êtes nos amis.

Les deux militaires étaient sortis de la maison en les laissant tranquilles. Ils les avaient entendus dire :

-          C’est bon, tout est nettoyé dans cette maison.

Ils avaient attendu ensuite terrés au fond de la maison que les cris cessent. Le calme revenu, ils avaient décidé de partir.

 

 

Chaque soir, il revivait les événements qui avaient bouleversé sa vie.

Sur les routes entre Guitarama et Nyabikenke - 1994

Modeste se revoyait sur les routes en compagnie d’un grand nombre d’autres réfugiés. Ils étaient partis pour Nyabikenke. Malgré le soleil, la peur les faisait tous avancer d’un pas décidé, les soldats du FPR ne valaient pas mieux que les hinterhamwe, la violence ne s’arrêterait donc jamais ? Tout à coup, il les avaient vus tirer, de la foule même, des réfugiés s’en prenaient aux autres réfugiés. Le temps de comprendre, il s’était retrouvé à terre. Il avait aperçu Kintiya agenouillée, du sang sur les mains, les yeux exorbités de terreur, les deux bébés sur les genoux. Elle avait pris l’un d’eux avec elle. Les tirs s’étaient calmés. Passé le moment de stupeur, il la fit asseoir au milieu des cris et des pleurs, du tumulte qui régnait au milieu du chemin. Le bébé de Modeste, assis, avait marché à quatre pattes vers lui. Kintiya continuait de serrer très fort son bébé. Modeste s’était rapproché pour voir ce qu’avait ce dernier, mais personne n’aurait pu à ce moment-là arracher son enfant à sa mère. L’enfant était mort, touché par une balle. Les larmes de Kintiya avaient coulé sans discontinuer et elle était restée prostrée pendant des heures.

Quelques rescapés les avaient aidés, notamment un couple qui possédait une charrette. On y avait mis la femme et l’enfant mort qu’elle ne voulait pas lâcher. Modeste porta lui-même le sien.

Ils étaient arrivés à la nuit à l’hôpital. Au milieu du chaos, Kintiya et son enfant furent transportés dans un coin. Un médecin était passé et, aidé par deux autres personnes, réussit à faire une piqure à la femme, qui finit par s’endormir. Modeste avait vu les yeux de l’enfant mort que l’on recouvrit d’un linceul. L’incompréhension, le désespoir, mais aussi la colère et la haine l’envahirent dans tout son être.

 

Lire la suite