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Blog d'auteur

Le mouton noir

30 Août 2014 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

Cet extrait figurera sans doute dans mon prochain roman (à paraître dans 2-3 ans ;-)). N'hésitez pas à donner vos impressions de lecture et vos remarques...

Quelques mois auparavant, suite à l’Affaire du Trésor et à la balle bonus de Jacquier à l’égard du père Lafont, Jacquier eut l’obligation de suivre des séances avec un psychiatre. Il s’en était très bien tiré, l’affaire étant déjà suffisamment embarrassante par elle-même, l'IGN reçut des consignes directement du ministère de l’Intérieur. Reste que le lieutenant devait suivre cette injonction. La psychiatre, blonde, la quarantaine bien entamée n’y était pas allée par quatre chemins.
– M. Jacquier, vous savez pourquoi vous êtes là ? Je vous explique comment ça va se passer. Je vais vous poser une question, qu’ensuite, sans doute, je vous reposerai, si ce n’est à chaque séance, du moins très souvent. Pourquoi avoir tiré une balle supplémentaire, alors que votre première balle avait atteint la cible ?
– C’est sans doute le fameux double effet Kiss Cool : une première pour le boulot, une deuxième pour le plaisir…
Son sourire sardonique fut du plus mauvais effet.
– C’est une boutade ?
– Oui, évidemment, je ne sais pas pourquoi j’ai tiré cette deuxième balle, c’était pour être sûr.
– Sûr de quoi ?
– Pour me rassurer.
– Ça vous arrive souvent de faire des choses de ce genre pour vous rassurer ?
Et ainsi de suite. Ce matin, le lieutenant hésitait à entrer dans l’arène. Cette psy ne lui faisait aucune concession. À chaque fois, il fallait qu’elle en sache davantage, qu’elle creuse toutes les histoires que pouvaient lui raconter le policier. Et elle touchait là où souvent ça faisait mal. Bien entendu, il ne lui avait pas tout raconté, il ne lui avait par exemple rien dit sur les circonstances de l’accident.
– Bonjour monsieur Jacquier, un peu de retard aujourd’hui ?
– Bonjour, oui, excusez-moi, le boulot, tout ça, tout ça…
– Oui, un travail prenant…
– Très…
– Pourquoi avez-vous tiré deux fois au lieu d’une ?
– Vous le faîtes exprès ?! Vous avez à peine attendu que je sois assis pour me balancer votre fameuse question. Chaque fois que je rentre dans ce bureau, c’est pareil…
Jacquier croisa les bras en signe de contrariété.
– Pourtant, c’est bien la question de votre présence ici. Et tout de suite, ça vous mets en colère…
– À chaque fois, j’arrive, je m’assois et vous me provoquez… Tiens, je vais vous faire plaisir, je vais vous répondre. Je lui ai rendu service à ce pauvre homme, tout seul avec son chien. Vieux, dégénéré et raciste. Voilà, je pense lui avoir rendu un fier service, il a moins souffert. En plus, ça fait une personne en prison en moins.
– Et des frais de psy…
– C’est moins cher, la société y gagne.
– Vous arrive-t-il souvent de vous mettre en colère ?
– Comme tout le monde. Ni plus ni moins. Vous connaissez ma collègue Lecouerc ?
– Non.
– Eh bien, c’est une tornade, rien à voir avec moi. Je suis un bisounours comparé à elle quand elle est en colère. C'est elle qui devrait être à ma place.
– Je vous demande ça parce que j’ai eu accès à votre dossier et j'ai eu une petite conversation avec votre chef de service, le commandant Lernier.
Jacquier leva la main en l’air pour la faire retomber instantanément sur son genou.
– Bonté divine !
– Rassurez-vous, simple routine, il est au courant depuis le début. Il m’a dit que vous étiez quelqu’un d’à-part.
– Et alors ?
– Que vous étiez relégué dans un bureau au fond d’un couloir.
– Ce n’est pas moi qui ai choisi le bureau. Au début, j’étais avec les autres…
La psy le dévisagea.
– Et je ne m’entendais pas avec eux, en plus j’avais l’impression qu’on m’évitait, qu’aucun d’eux ne voulait faire équipe avec moi.
– Le sentiment d’être le mouton noir.
– Ouais, c’est ça !
– C’est toujours le cas ?
– Moins, un peu moins.
– Le lieutenant Lecouerc, vous vous entendez bien avec elle, n’est-ce pas ?
– Je ne dirais pas tout à fait ça… Nos premiers échanges ont été plutôt froids, on va dire ça comme ça…
– Et ensuite, moins à ce qu’il paraît…
– Oh, vous, je vous vois venir…
– Je n’ai rein dit.
– Mais si, bien sûr que si… Vous êtes une perverse, c’est vous qui devriez être à ma place. Il n’y a rien eu entre elle et moi. Un rapprochement, tout au plus.
– Un rapprochement ?
– Rapprochement oui, mais nous sommes différents elle et moi.
– Les différences sont parfois une richesse.
– Si vous le dîtes…

 

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