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Blog d'auteur

Implosions (1)

28 Janvier 2017 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture, #Histoire

Voici le premier chapitre de mon nouveau roman policier. Sortie en septembre.

N'hésitez pas à réagir et à commenter. Merci.

 

1. Génocide

Rwanda – 1994.

Ce soir-là, le soleil se coucha en prenant une teinte particulièrement rougeoyante. Le ciel entier s’embrasa, veiné d’on ne sait quel or. Le pourpre, seul, dominait. Ç’aurait pu être un spectacle magnifique si un homme à demi assis ne venait pas, au fond, de se relever des morts. Il fixa l’astre comme si c’était la fin des temps, comme si l’obscur allait tout engloutir, les hommes, les animaux, la nature tout entière et toutes les civilisations. Il toucha son bras pour s’assurer qu’il appartenait encore bien au monde des vivants. Sa tête lui faisait mal. Il passa sa main sur son cuir chevelu et la ramena devant ses yeux. La vue du sang le fit gémir. Il ne réalisait pas ce qu’il venait de vivre. Autour de lui, ce n’était plus que feu, débris et gravats. Les maisons du village brûlaient. Une odeur de mort régnait partout dans les rues et en dehors, la nature tout entière s’en trouvait elle-même imprégnée.

Pétrifié, il esquissa un mouvement vers la droite et le regretta presque aussitôt. Il aurait préféré être changé en statue de pierre par les Gorgones au lieu de voir sa femme baignée dans un sang aussi noir que l’âme de ceux qui l’avaient tué. Il aperçut d’autres corps plus loin et ne put s’empêcher d’avoir un haut-le-cœur et de remettre le peu qu’il avait mangé durant la journée. Il se releva péniblement, affligé de toutes les peines du monde.

Soudainement, au milieu du chaos, les cris d’un bébé lui parvinrent comme ceux d’un être perdu au cœur de l’Apocalypse.

Il ressentit comme un électrochoc. La scène défila devant lui, tel un scénario implacable que rien ni personne n’aurait pu arrêter. Sauf que ce n’était pas un film. Cela avait commencé par des cris sourds et inquiétants. Modeste et Rosélyne avaient stoppé net leur repas. L’homme s’était levé de table et était allé voir à la fenêtre. Les miliciens, arrivés en grand nombre, machettes à la main, s’occupaient silencieusement des premières maisons. Modeste n’avait eu qu’à regarder sa femme pour qu’elle comprenne le danger. Elle avait arraché son enfant du berceau et ils s’étaient enfuis par l’arrière de leur maison en terre. Mais déjà, les miliciens avaient défoncé leur porte et étaient à leurs trousses dans les allées du village. Ce fut Rosélyne qui trébucha la première, son enfant entre les bras. Courir avec une robe n’était pas chose aisée et ce fut pour elle un handicap insurmontable en étant poursuivie par des hommes jeunes et déterminés. Modeste, revenu en arrière, voulut la protéger, mais l’un des barbares, le plus rapide d’entre eux, précisément l’un de ses anciens camarades d’école, l’intercepta et lui asséna un coup de gourdin qui le mit à terre.

— Tiens, sale Tutsi, tu l’as bien mérité !

Étant dans l’incapacité de bouger, il avait entendu ensuite vaguement des cris, ceux de sa femme que les miliciens étaient en train de massacrer… Ils devaient penser qu’il était mort.

Les yeux exorbités, mû par l’instinct de survie, il marcha rapidement en direction de l’enfant. Il le prit entre ses bras, regarda tout autour de lui, et implora le ciel, baignant ses joues d’autant de larmes que le nourrisson. Il fut incapable de crier. Tout était en lui, une violence d’une force incroyable circulait dans ses poumons. Il n’arrivait pas à l’expulser. Il fallait réfléchir et au plus vite trouver un endroit où le bébé pourrait être nourri et en sécurité. Il eut encore la force de creuser un trou et d’y enterrer sa femme.

Le soleil s’était définitivement couché, battu ce jour-là par des hommes qui n’avaient d’Homme que le nom. Le Mal avait connu un de ces jours de triomphe dont l’humanité ressortait perdante.




 

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Petit pamphlet à l'usage des sourds et des aveugles

7 Janvier 2017 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Point de vue

Mes écrits seront de plus en plus engagés et pamphlétaires. Je ne suis pas un bobo, un intellectuel parisien, mais je vis tous les jours au plus près des réalités de la société. Voici donc ce que je pense, si tant est que ça puisse intéresser quelqu'un...

L’opinion, les médias et du même coup les politiques, démagogues ou déconnectés de la réalité, découvraient à la fois que les frontières de l’Europe, poreuses, laissaient passer un flot toujours plus important de migrants et affirmaient qu’il fallait les fermer pour éviter de nouveaux attentats. Mais d’où venait le problème, au fond ? La plupart des terroristes étaient nés et avaient grandis en Europe ! La secte islamiste s’appuyait sur les faiblesses de nos démocraties et la montée inéluctable de la société hyper consommatrice. En France, la construction de grands quartiers où l’on regroupa au fur et à mesure les plus pauvres eut comme résultante la formation d’une mentalité discriminante et fasciste, des jeunes déracinés parfois aussi intolérants que les « Français » les plus racistes. Le cercle vicieux se mettait en place, plus certains adolescents se braquaient contre l’État, ses policiers, enseignants, médecins ou chauffeurs de bus, plus l’opinion devenait perméable aux idées lepenistes d'extrême droite.
En tant qu’enseignant, je voyais s’éloigner les générations sensibilisées comme la mienne à la Shoah. Celle-ci paraissait loin, les résistants de la Deuxième Guerre mondiale ne venaient plus témoigner, trop vieux ou déjà passés dans l’au-delà. Il ne restait que la parole de l’enseignant. Le dieu Internet remettait tout en cause, ou du moins certains profiteurs comme les Dieudonné, Soral et autres fossoyeurs de l’Histoire. Les religieux fanatiques et une certaine partie de la population pointaient du doigt les Juifs, accusés de « génocide » contre les Palestiniens et responsables de tous les complots possibles. Les jeunes consciences se trouvaient menacées par les manipulations de tout ordre. Je fus stupéfait lorsqu’à la suite des attentats de Charlie Hebdo, et à l'occasion de la fameuse minute de silence, beaucoup d’élèves m’affirmaient que le 11 septembre était un complot, eux qui étaient encore dans leur poussette lorsque cet événement survenu. Qu’avait-on mis dans leur cerveau ? Tout était sali, les idées les plus aberrantes pouvaient être validées, la schizophrénie collective dont souffrait nos sociétés rendait tout possible, un milliardaire misogyne, ignorant et raciste devint même président du pays le plus puissant de la planète...

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