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Blog d'auteur

Implosion (7)

4 Août 2013 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

Hôtel de police - Grenoble. 10 heures.

-          Qui de nous deux va assister à l’autopsie ?

-          Et vous demandez encore ce genre de chose, Jacquier ? Vous savez très bien qui va y aller… C’est vous, bien sûr !

-          Et pourquoi ça serait toujours moi, on pourrait tirer à la courte paille, non ?

-          Mais vous avez quel âge Jacquier, non.

-          De quel droit, nous avons le même grade tous les deux, je vais demander l’arbitrage du commandant.

-          Vous jouez la pleureuse, pas très viril tout ça…

-          C’est quoi cette scène de ménage dans les couloirs ! Vous ne pourriez pas faire ça ailleurs, non ?!

-          Mon commandant, vous tombez bien, c’est toujours moi qui me coltine les autopsies, jamais Lecouerc. Pour une fois, envoyez là chef.

-          Jacquier a des compétences incontestables pour poser les bonnes questions, je n’ai en ce qui me concerne que très peu d’expérience dans ce domaine.

-          Ben voilà, l’affaire est réglée, dit le commandant avec un grand sourire. Vous avez trouvé la solution. Allez-y tous les deux ! Avec deux cerveaux, quatre mains et quatre jambes, vous allez peut-être y arriver. Et puis, vous en profiterez pour aller voir Mazzini si vous le trouvez, voir dans quel état d’esprit il est et si ce n’est pas lui-même qui a buté l’un de ses lieutenants…

-          Mais il faut que je termine des dossiers en souffrance…

-          Lecouerc, vous les terminerez ce soir vos dossiers, allez ouste, prenez vos affaires et direction le CHU. D’ailleurs, vous avez de la chance, c’est Barbier qui est chargé de pratiquer l’autopsie…

-          En plus, ne put s’empêcher d’ajouter le lieutenant.

Les deux lieutenants remontèrent vers la surface où les attendait leur véhicule.

-          Bel exemple de solidarité Jacquier, merci.

-       Ça ne serait pas arrivé si vous m’aviez dit oui de suite, résultat, on est tous les deux punis.

Philippe Barbier attendait les policiers avec une impatience jubilatoire. Ce sera qui aujourd’hui, le Jacquier qui vomit ses tripes ou la petite jeunette qui n’est venue qu’une fois ? Quoi qu’il en soit, ça allait être un grand moment. Le cadavre qu’il avait devant lui avait été atrocement mutilé et nul doute que l’épreuve qui attendait l’officier qui serait de corvée serait terrible.

Sa joie fut décuplée lorsqu’il aperçut Jacquier et Lecouerc s’approcher de la vitre.

-          Deux pour le prix d’un ! Quelle chance ! Entrez mes amis, entrez !

Lecouerc déclencha l’interphone de l’autre côté de la vitre.

-          On peut se contenter d’observer de l’extérieur, la vitre, elle est là pour ça non ? En plus, on respecte la procédure, pas vrai Jacquier ?

-          C’est tout à fait exact, dit d’un air goguenard Jacquier.

-          Et vous rateriez tout ?! Venez quoi, ne faites pas vos rabat-joies. Il n’y a plus de sang, les plaies sont bien nettes, il est propre comme à son baptême… En plus, j’ai des choses vraiment très importantes à vous montrer…

D’un pas lent et hésitant, Jacquier et Lecouerc pénétrèrent à l’intérieur de la salle blanche.

-          N’oubliez pas de mettre un masque et des gants. Allez, approchez-vous…

Barbier releva doucement le drap blanc posé sur le cadavre, mais laissa la partie inférieure cachée.

-          Alors, ça va, les affaires vont bien ? Vous ne vous ennuyez pas, hein avec ce genre de type…

-          Justement, le coupa Lecouerc. Pouvez-vous nous en dire plus sur le modus operandi de l’assassin ?

-          Oui. Je pense qu’il devait être légèrement contrarié cet homme-là. Soit il s’était levé du pied gauche, soit il en voulait sacrément à la victime. Il s’est acharné dessus.

-          Avec quelle arme, un couteau ?

-          Un gros couteau. Je pense plutôt à un sabre ou même, car les entailles sont profondes, à une machette. J’ai envoyé un mail avec quelques petites photos sympathiques à mon collègue de La Réunion. Ils connaissent bien les « coupe-coupe » là-bas. Tout se règle avec cette arme. Pas de coup de feu, mais quelques effusions de sang… Il nous dira s’il s’agit bien d’une machette. En tout cas, des coups multiples ont été portés, une trentaine au total, un peu partout, derrière le cou, au torse, aux bras, aux jambes et même…

Pendant qu’il parlait, il montrait les différentes entailles sous les yeux dégoutés des deux policiers.

Il retira le drap de la partie inférieure du corps. Barbier se mit délicatement à le soulever.

Lecouerc se cacha les yeux alors que Jacquier tout blanc se précipita vers l’évier situé dans le coin gauche de la salle.

-          Espèce de pervers, parvint-il à dire entre deux vomissements.

-          Ne vous en faites pas, je vous enverrai les résultats détaillés dans les jours qui viennent, un dossier complet avec plein de photos comme vous les aimez et surtout la confirmation de mon collègue de La Réunion sur l’arme du crime.

-          Au plaisir Barbier.

-          Ça vous dirait un petit déjeuner vous et moi un midi en tête à tête Lecouerc ?

-          Franchement Barbier, même dans le plus horrible de mes cauchemars ça n’arrive pas et je n’aime pas les films d’horreur.

-          Ah ah ah, s’esclaffa Jacquier, qui tapa dans la main de Lecouerc.

-          Revenez quand vous voulez, et fermez la porte en partant, dit d’une voix inquiétante Barbier.

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