Incipit de mon nouveau polar

8 Février 2013 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

Voici chers lecteurs l'incipit de mon nouveau roman policier. A l'heure d'aujourd'hui, je cherche un éditeur compétent. Si jamais vous en connaissez un ou si vous êtes un, n'hésitez pas à me contacter. Si vous êtes simplement un lecteur, n'hésitez pas à me laisser un commentaire sur ce que vous penser de ce début...

 

 

Ils n’étaient pas venus pour jouer au poker. Une goutte se détacha lentement du plafond de la grande salle et alla rebondir sur le sol. A quelques mètres de là, dans une pièce creusée quatre cents ans plus tôt à même la roche, cinq hommes étaient réunis autour d’une table. Une unique lampe alimentée par un groupe électrogène éclairait faiblement la pièce. Le mobilier se voulait fonctionnel et n’était composé que d’une grande table et de quelques chaises.

Aimé Lagarde, qui occupait le bout de l’unique meuble rectangulaire, bouillait intérieurement. Les yeux dans le vague, le président de l’association était le gardien des lieux. Ses doigts commençaient à être engourdis par le froid. A l’extérieur, en pleine nuit d’été, il faisait 17°C. Enterré sous les pans calcaires des Préalpes, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, la température de la grotte, elle, ne bougeait pas, 12°C en toute saison et il fallait que ceux qui la visitait s’arment d’un pull et d’une veste.

Habillé d’une toge, il avait gardé son éternel chapeau à portée de main. Comme les autres membres de cette confrérie, il attendait quelqu’un d’important qui n’arrivait pas. Et comme les autres, il trouvait le temps long. Pour l’heure, la discussion s’éternisait autour du budget de l’année suivante.

Il ne s’agissait pas d’un débat enflammé, car la commune, assez pauvre, ne pouvait de toute façon contribuer que modestement au fonctionnement du château. Ce n’était rien en comparaison de ce que donnait le département.

Les chaises voisines étaient occupées par deux anciens résistants. Ils étaient là depuis longtemps, ne disaient que peu de mots, et n’étaient pas venus pour discuter argent. Pour un peu, on aurait pu les prendre pour des vieillards inoffensifs assis sur un banc au milieu d’un village attendant la grande faucheuse. Mais autrefois, ils avaient été redoutables et avaient repoussé l’ennemi lors de la dernière grande guerre. Ils avaient gagné ainsi les galons qui leur valaient d’appartenir à cette confrérie.

A côté d’eux, l’ancien guide touristique du château s’ennuyait lui aussi et commençait à sérieusement énerver ses camarades en produisant des bruits parasites avec ses doigts. Il tapotait sur le bois sans aucune notion rythmique, ce qui avait le don d’agacer le maire du village, Gerardin, qui était en train de justifier la baisse programmée de sa subvention en faveur de l’association du château. Il le regarda méchamment et l’interpela par son surnom, l’Ange. Il se trouvait qu’Ange était aussi son véritable prénom. Ce dernier s’arrêta net.

Au bout d’une heure, l’attente devint insupportable, car tous les sujets à l’ordre du jour avaient été abordés et l’invité ne pointait toujours pas le bout de son nez. Or, Aimé Lagarde avait avancé cette réunion en raison de sa venue. L’un des deux résistants, Simon Béraut, pestait. Il avait fait remarquer cinq minutes plus tôt que lui aussi s’était déplacé, certes de moins loin, mais que lui au moins était à l’heure et qu’il s’était donné la peine de prendre le train tôt ce matin.

Quant à l’autre résistant, Raymond Aubré, il usait de son calme légendaire de doyen, même si, à l’intérieur, le sang commençait à lui monter à la tête. Il se promit à lui-même que c’était la dernière fois qu’il assistait à ce genre de réunion. Il avait eu déjà le plus grand mal à descendre jusque-là.

L’invité de la confrérie, lui, venait de la capitale et ses grandes responsabilités lui donnaient, paraît-il, des excuses…

Enfin, sa voiture s’arrêta sur le parking en contrebas du château. Il descendit de la berline noire aux vitres teintées. L’un de ses deux gardes du corps ouvrit le coffre, en sortit un manteau, une malette ainsi qu’une torche qu’il donna à son chef. L’homme fut escorté le long de la route désormais fermée qui menait, au terme de deux lacets, au château.

Mais arrivés en haut, ils bifurquèrent sur la gauche vers la forêt et s’éloignèrent ainsi de la demeure de feu Gallois de Regard. Après quelques dizaines de mètres parcourus, l’invité pénétra dans une grotte située sur la droite. Les deux sbires se postèrent à l’entrée.

Seuls les initiés connaissaient le cheminement qui menait à la pièce du rendez-vous. Il fallait d’abord oser pénétrer à l’intérieur de cette petite grotte, surtout de nuit, se courber et aller jusqu’au fond. Là, une grille empêchait le premier venu d’aller plus loin. Comme les cinq autres, il en possédait la clé. Un grincement salua le passage de l’homme pressé. Il continua le long d’un couloir escarpé, puis trois directions s’offrirent à lui, une à gauche qui montait, une centrale et une à droite qui descendait. C’était cette dernière qu’il fallait prendre. Il connaissait le chemin par cœur, mais il fit très attention à ne pas glisser sur une pente qui devenait de plus en plus abrupte. Il lui fallut ensuite descendre une série de marches. L’homme souffla à plusieurs reprises et parvint au point le plus bas. Il suffisait alors de poursuivre tout droit sur vingt mètres. Il déboucha dans la cavité principale et prit un petit temps pour retrouver son chemin, profita de quelques secondes pour contempler ce décor où il passait une fois l’an, puis se décida à aller vers la droite jusqu’à l’entrée de la pièce.

Le retardataire salua les membres de l’association d’une ferme poignée de main. Le président, veste sombre, se tenait un peu en retrait et fut le dernier à l’accueillir. Il l’invita à s’asseoir avec ses autres compagnons.

-       Bien, bien, maintenant que vous êtes là, nous allons pouvoir aborder le point le plus important. En tant que président, j’ai avancé exceptionnellement cette réunion suite à des événements gravissimes qui m’ont été rapportés par un ami d’enfance. Notre invité, monsieur Vitruve, ici présent, a été mis au courant et a commencé à enquêter. Je lui laisse la tâche de vous narrer les évènements.

Les regards des cinq autres membres se braquèrent sur ce dernier. Tous savaient que ce n’était pas son vrai nom. Depuis la Deuxième Guerre mondiale et pour des raisons de sécurité nationale, le chef des renseignements intérieurs assistait à la réunion annuelle de la confrérie. La Direction Centrale du Renseignement Intérieur prit le relais. La DCRI était née de la fusion entre la DST, Direction de la Surveillance du Territoire et des Renseignements Généraux, qui s’occupait auparavant de cette modeste tâche.

C’était donc cet homme qu’on appelait Vitruve, un proche du Président de la République, qui se tenait là devant eux. Son crâne dégarni et un air de haut fonctionnaire proche des arcanes du pouvoir faisait tenir à distance n’importe quelle personne qui ne le connaissait pas. Les membres de l’association ne l’avaient que rarement vu. Comme beaucoup d’autres, ils le craignaient. Ce soir, le chef des renseignements avait beaucoup de choses à dire.

-       Bonsoir à tous, tout d’abord, veuillez m’excuser pour mon retard, j’ai mis un peu de temps pour arriver, des affaires m’ayant retenu. J’ai des éléments importants à vous communiquer. J’ai pensé qu’il était préférable de me déplacer en personne et de vous expliquer de visu ce qui s’est produit la semaine dernière. Dans la nuit du mercredi 2 juin, un commando de six hommes cagoulés s’est introduit dans une propriété sur les hauts de la commune de Tresserve, près d’Aix-les-Bains. Ces hommes ont contraint le propriétaire à leur donner le contenu de son coffre. En plus de quelques bijoux de famille, un document important a été volé. Il s’agit d’une liste. Celle des membres de ce cercle…

Des murmures se firent dans la petite assistance. Comment est-ce possible ? entendit-on çà et là. Vitruve prit tout son temps et attendit la fin du tumulte.

-       Mais d’où sort cette liste ? demanda le vieux Simon. Enfin, qui a pu se procurer ce genre de renseignements ?

-       Ce dont on est sûr, c’est que ce sont les derniers écrits d’un ancien milicien du village, Léon Padoux, et qu’ils ont été conservés depuis quelques années par son fils Émile. C’est lui qui s’est fait cambrioler et qui a prévenu Aimé ici présent. C’est un peu miraculeux de l’avoir appris, mais Émile était un bon camarade de classe d’Aimé. Son père dans les dernières années de sa vie avait fait vœu d’expiation. Les fantômes du deuxième conflit mondial le hantaient. Il voulait tout raconter à son fils et avait couché sur le papier tous ses souvenirs, dont la mention du trésor et de ses gardiens.

-       Connaissent-ils l’emplacement exact du trésor ? l’interrompit Raymond.

-       A priori non, ils n’ont qu’une liste de noms. Après le coup de téléphone d’Aimé, je me suis mis en contact avec la gendarmerie d’Aix-les-Bains et j’ai moi-même envoyé quelques hommes. On ne sait à l’heure actuelle qui ils étaient ni d’où ils venaient. Par contre, selon le témoignage d’Émile, ce n’étaient pas des voleurs amateurs, mais des professionnels. Ils savaient ce qu’ils faisaient, ils avaient du sang-froid. Ils ne se sont pas intéressés au matériel informatique ni aux meubles et objets présents dans la maison, mais uniquement au coffre, c’est ce qui peut nous inquiéter et c’est pour cela que nous prenons l’affaire très au sérieux. En même temps, ils n’en voulaient peut-être qu’aux bijoux présents dans ce même coffre et ils auraient ainsi raflé tout ce qu’il y avait dedans sans prendre le temps de séparer le bon grain de l’ivraie… Si ça se trouve, ils ont jeté la liste et vous n’avez rien à craindre. Dans la mesure où l’on ne sait pas ce que voulaient ces gens, je vous recommande à tous la plus grande vigilance et la plus grande prudence… Vous êtes peut-être en danger…

-       Si vous croyez que je vais changer mes habitudes pour de minables voleurs ! s’exclama le plus ancien, Raymond.

-       J’insiste, soyez tous prudents. J’ai mis l’un de mes hommes sur le coup. C’est tout ce que je peux faire pour l’instant.

Et encore pensa-t-il, l’un de mes hommes… Ce dernier s’appelait Abdelatif Kachir. Il n’appartenait nullement à la DCRI, mais il lui était redevable et en fin de compte, ça revenait au même.

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