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Blog d'auteur

L'art des dédicaces

29 Janvier 2011 , Rédigé par mathias.goddon

DSC00270.JPGQui suis-je ?

Je suis un passage obligé, une épreuve qui à elle toute seule mobilise du temps, triture les neurones et parfois fait même cauchemarder les auteurs.

Qui suis-je ??

Les dédicaces bien sûr !

Le mot dédicace vient du latin dedicatio qui signifie consécration ou inauguration et est attesté depuis le XII°siècle. Cependant, les dédicaces elles-mêmes sont plus anciennes et les grands auteurs de l’époque romaine en faisaient déjà…

Alors, venons-en à la question du jour : la dédicace est-elle vraiment un art ?

Deux éléments priment : l’auteur, émetteur de la dédicace et le récepteur, son lecteur.

Pour ce qui est de l’auteur, si celui-ci est un auteur de BD, il est de fait avantagé. En effet, un dessin vaut parfois mieux qu’un long discours, dixit paraît-il Napoléon lui-même qui parlait de croquis et pas de dessin, mais bon, c’est pareil… Donc, l’auteur de BD fait un titeuf les doigts dans le nez et signe en bas de page…  Voilà, pfft, fait en deux coups de cuiller à pot. Il suffit qu’il soit un peu bon, qu’il ait l’habitude et ça roule Simone… On le verra plus tard, ce n’est pas si simple, même pour ceux qui sont doués de leurs mains.

Deuxième option, l’auteur est comme Bibi, il écrit des livres avec des centaines de milliers de signes à l’intérieur et il est aussi habile pour dessiner que pour monter des meubles en kit. Déjà, il a fallu à Bibi deux ans de travail acharné pour obtenir une histoire bien écrite qui tient la route et qui soit publié. Vous me direz, il a fait le plus dur. Oui, certes. Les dédicaces, c’est comme le bonheur, c’est un problème de riche. En effet, les pauvres c’est bien connu sont condamnés à être malheureux toute leur vie. On oublie alors trop souvent les inconscients qui certes sont pauvres, mais non conscients de leur turpitude, lobotomisés par leur écran de télévision, sont parfois heureux à leur insu.

Revenons à nos moutons…

Les dédicaces dépendent aussi de la personne qui se trouve en face de vous… Connaître la personne à qui vous dédicacez votre livre n’est pas forcément un avantage. En effet, si vous faites trop simple, votre connaissance va vous le reprocher. Je parle en connaissance de cause puisque ça m’est arrivé une fois avec mon premier bouquin… À ce moment là, ce n’est pas la peine de s’énerver, on respire, ce n’est pas la fin du monde. De toute façon, quand ça arrive, on n’est pas forcément intime avec la personne non plus… Cependant, ne comptez plus sur cette personne pour qu’elle vous achète le prochain opus de votre saga sur les orangs-outans… Ce n’est pas grave, on vous demande en une demi-heure de trouver une dizaine de dédicaces, tout ça dans un salon surchauffé et bruyant… Faut pas pousser mémé dans les orties et mère Denis dans sa machine à laver QUAND MEME … Après tout, c’est comme à l’armée, on a le droit à un pourcentage de perte… Non ?!

Bon, de même, je ne veux pas décourager le jeune auteur tout heureux dont l’enthousiasme pourrait lui donner une image de Candide, mais d’autres problèmes peuvent survenir… Le lecteur peut aussi mal prendre la dédicace que vous lui avez faite : blague douteuse, sous-entendus… Les sources de malentendus peuvent être nombreuses. Cependant, rassurons nos jeunes oisillons, il est rare de perdre les amis, les vrais…

Cela dit, la plupart des dédicaces se font, si tout marche bien, pour des gens que l’on ne connaît pas. En suivant les points suivants, vous survivrez… La première chose à faire est de dire bonjour à la personne, car sinon on va commencer par vous prendre pour un gougeât… Ensuite, il faut demander le prénom de la personne, bien la regarder en face, sourire, lui demander si elle veut la dédicace pour elle seule et puis… se lancer… Pour Germaine, celle qui n’est pas vilaine… Oups, non… Pour Germaine en Île et Vilaine… Ah ben non plus, on est en Isère. Pour Germaine, vous avez l’air d’être un sacré personnage : celle-là est pas mal, mais encore faut-il s’adapter au profil du lecteur en face de nous… Si Germaine est toute timide et plutôt pincée, là il faut trouver autre chose…

Revenons à notre auteur de BD. Tout fier, il a dessiné son Titeuf et là le lecteur ingrat s’écrie : Mais ce n’est pas ce que je vous avais demandé ! Et là, ce même auteur sent les gouttes de sueur perler sous les aisselles (passe-moi le déo Marcel), c’est le big problème, ses pulsations cardiaques montent en même temps que sa tension… Car, comme dans tout lieu, il faut le savoir, l’auteur peut tomber sur des casse-noisettes, des casses-bombons, des casse… (voir le film Le bal des casse-pieds, véritable film-culte en la matière, Vive la France, exception culturelle…).

Le lecteur, en effet, et avec quelques raisons (lui qui a sacrifié quelques deniers pour votre œuvre qui ne vous rapporte d’ailleurs au final que des piécettes) se sent avoir des DROITS. Il vous DEMANDE parfois de faire référence à un point précis de votre œuvre. Arghhhh. Bon, pas de panique, soyez fort, agitez votre plume, creusez-vous vos méninges déjà bien fatiguées et bonne chance. Si vous n’y arrivez pas et qu’il est tard, feignez le malaise. Sinon après moult excuses, mais seulement en dernier recours écrivez simplement : Pitié Ducon, tu me fais chier et faîtes lui promettre de n’ouvrir son livre qu’une fois chez lui. Avec un peu de chance, vous vous serez déjà enfuis de la librairie. Il faut procéder avec beaucoup d’habilité… Beaucoup, beaucoup… C’est un métier et même un art…

D’où la conclusion (mais bon sang je vais répondre à la problématique, qu’est-ce que je suis bon…), OUI la dédicace est un art, et même un art à part entière…

J’ai donc passé les deux derniers jours à dédicacer des bouquins et pour des gens que je connais… D’où mon état : l’auteur doit maintenant prendre un calmant et aller se coucher… Il reviendra demain, peut-être…

 

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