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Blog d'auteur

Les aventures du lieutenant Jacquier

24 Avril 2013 , Rédigé par mathias.goddon Publié dans #Ecriture

La nuit avait enveloppé toute la ville sauf le lieutenant Jacquier. Il se tenait désespérément à son clavier d’ordinateur comme à une bouée de sauvetage. Sauf que de sauvetage il n’y avait point. Il serra le poing, de rage. Il ne trouvait pas l’adresse qui lui manquait. Plus aucune trace du suspect qui avait braqué une cliente au centre commercial. Une opération avait été menée, mais le jeune de 20 ans n’était pas à son domicile. En fuite, quelque part…

Il finit par s’en aller et laissa derrière lui sa pile de dossiers. Il savait qu’il ne dormirait pas encore ce soir, que le mal qui le rongeait ne lui laisserait pas de répit. S’enfuir ? Il pensa un instant crier dans la rue, mais à quoi servirait son cri de douleur ? Cela ne changerait en rien son destin. Il se sentait sur une autre planète, dans une autre dimension que ceux qu’il côtoyait.

Au petit matin, son téléphone portable entama une danse endiablée de Faith No More, groupe alternatif des années 1990. Jacquier fut surpris par le son qui s’en dégagea, car le réveil était à des années lumières de créée cette déferlante musicale, branché qu’il était sur une station de radio d’information. Il réussit quand même à appuyer sur la bonne touche.


-          Jacquier, encore en train de dormir, c’est votre coéquipière préférée ! Magnez-vous, on a trouvé un cadavre dans le parc Mistral, pas loin de la tour Perret.

Jacquier était encore plus dans le coltard qu’il ne l’imaginait. Il prit rapidement des affaires dans son armoire et s’habilla en moins de trente secondes. Il parvint à attraper une barre de céréales avant de s’engouffrer dans sa voiture. Le soleil se levait à peine, peu de voitures circulaient, ce qui lui permit d’arriver rapidement sur les lieux.

Cinq minutes plus tard, il se félicita de n’avoir rien mangé en regardant le corps atrocement mutilé de la victime.


-          Homme, environ 40 ans, brun, 1m75, pas de signe particulier. On a retrouvé son portefeuille, Jocelyn Traquelli…

-          Traquelli, Traquelli, ça me dit quelque chose…

-          Oui Jacquier, vous allez y arriver.

-          Un des bars droits de Mazzoni… Ça sent le règlement de compte à plein nez…

-          Sauf que l’arme du crime n’est pas une arme à feu.

Jaquier observa sa coéquipière. Pas de signe de faiblesse. Décidément, elle était faite pour ce job. D’une froideur à vous mettre directement le cadavre au frigo. Ne se sentant pas trop bien, Jacquier émit un son plus qu’il ne posa une question.

-          Des témoins ?

-        Non, à part le jogger matinal qui à l’habitude courir à 6 heures du matin et qui a découvert le corps.

-          Les gens sont barjos, le monde courre à sa perte Lecouerc, je vous l’ai déjà dit ?

-          Vous radotez Jacquier, vous radotez… En tout cas, une chose est sure, ce n’est pas un petit couteau qu’a fait ces grosses entailles…


Le policier tenta de reprendre ses esprits en effectuant quelques allées et venues près de la scène de crime. Un petit écureuil passa juste devant lui et il crut l’espace d’un instant qu’il lui adressa un clin d’œil espiègle.

Mazzoni était le « boss » de l’Abbaye, l’un des quartiers que se disputaient les caïds à coup d’armes à feu. C’était ce point précis qui le dérangeait, Lecouerc l’avait elle aussi relevée, le modus operandi apparaissait différent. De là à conclure qu’il ne s’agissait pas d’un règlement de compte… Il y en avait eu une trentaine dans les cinq dernières années. Le grand banditisme grenoblois sévissait depuis les années 1970, enserrant la ville tel un aigle avec sa proie. Certains quartiers étaient devenus des zones de non droit, des ghettos où le territoire n’était plus contrôlé par l’Etat et où la loi du plus fort régnait. Triste réalité.

Nul doute que l’assassinat de Traquelli allait déclencher la colère de Mazzoni qui chercherait dans les prochaines heures le coupable à l’aide de son 11mm. La spirale de la violence allait recommencer, on pouvait se préparer à de nouveaux règlements de comptes… Jacquier revint lentement vers la scène de crime. Deux ambulanciers placèrent le corps recouvert d’un drap blanc dans l’ambulance, direction la morgue.

 

 

-          Qui de nous deux va assister à l’autopsie ?

-          Et vous demandez encore ce genre de chose, Jacquier ? Vous savez très bien qui va y aller… C’est vous, bien sûr !

-          Et pourquoi ça serait toujours moi, on pourrait tirer à la courte paille, non ?

-          Mais vous avez quel âge Jacquier, non.

-          De quel droit, nous avons le même grade tous les deux, je vais demander l’arbitrage du commandant.

-          Vous jouez la pleureuse, pas très viril tout ça…

-          C’est quoi cette scène de ménage dans les couloirs ! Vous ne pourriez pas faire ça ailleurs, non ?!

-          Mon commandant, vous tombez bien, c’est toujours moi qui me coltine les autopsies, jamais Lecouerc. Pour une fois, envoyez là chef.

-          Jacquier a des compétences incontestables pour poser les bonnes questions, je n’ai en ce qui me concerne que très peu d’expérience.

-          Ben voilà, l’affaire est réglée, dit le commandant avec un grand sourire. Vous avez trouvé la solution. Allez-y tous les deux ! Avec deux cerveaux, quatre mains et quatre jambes, vous allez peut-être y arriver. Et puis, vous en profiterez pour aller voir Mazzini si vous le trouvez, voir dans quel état d’esprit il est et si ce n’est pas lui-même qui a buté l’un de ses lieutenants…

-          Mais il faut que je termine des dossiers en souffrance…

-          Lecouerc, vous les terminerez ce soir vos dossiers, allez ouste, prenez vos affaires et direction le CHU. D’ailleurs, vous avez de la chance, c’est Barbier qui est chargé de pratiquer l’autopsie…

-          En plus, ne put s’empêcher d’ajouter le lieutenant.

Les deux lieutenants remontèrent vers la surface où les attendait leur véhicule.

-          Bel exemple de solidarité Jacquier, merci.

-       Ça ne serait pas arrivé si vous m’aviez dit oui de suite, résultat, on est tous les deux punis.

 

Philippe Barbier attendait les policiers avec une impatience jubilatoire. Ce sera qui aujourd’hui, le Jacquier qui vomit ses tripes ou la petite jeunette qui n’est venue qu’une fois ? Quoi qu’il en soit, ça allait être un grand moment. Le cadavre qu’il avait devant lui avait été atrocement mutilé et nul doute que l’épreuve qui attendait l’officier qui serait de corvée serait terrible.


Sa joie fut décuplée lorsqu’il aperçut Jacquier et Lecouerc s’approcher de la vitre.

-          Deux pour le prix d’un ! Quelle chance ! Entrez mes amis, entrez !

Lecouerc déclencha l’interphone de l’autre côté de la vitre.

-          On peut se contenter d’observer de l’extérieur, la vitre, elle est là pour ça non ? En plus, on respecte la procédure, pas vrai Jacquier ?

-          C’est tout à fait exact, dit d’un air goguenard Jacquier.

-          Ey vous rateriez tout ?! Venez quoi, ne faites pas vos rabat-joies. Il n’y a plus de sang, les plaies sont bien nettes, il est propre comme à son baptême… En plus, j’ai des choses vraiment très importantes à vous montrer…


D’un pas lent et hésitant, Jacquier et Lecouerc pénétrèrent à l’intérieur de la salle blanche.

-          N’oubliez pas de mettre un masque et des gants. Allez, approchez-vous…

Barbier releva doucement le drap blanc posé sur le cadavre, mais laissa la partie inférieure cachée.

-          Alors, ça va, les affaires vont bien ? Vous ne vous ennuyez pas, hein avec ce genre de type…

-          Justement, le coupa Lecouerc. Pouvez-vous nous en dire plus sur le modus operandi de l’assassin ?

-          Oui. Je pense qu’il devait être légèrement contrarié cet homme-là. Soit il s’était levé du pied gauche, soit il en voulait sacrément à la victime. Il s’est acharné dessus.

-          Avec quelle arme, un couteau ?

-          Un gros couteau. Je pense plutôt à un sabre ou même, car les entailles sont profondes, à une machette. J’ai envoyé un mail avec quelques petites photos sympathiques à mon collègue de La Réunion. Ils connaissent bien les « coupe-coupe » là-bas. Tout se règle avec cette arme. Pas de coup de feu, mais quelques effusions de sang… Il nous dira s’il s’agit bien d’une machette. En tout cas, des coups multiples ont été portés, une trentaine au total, un peu partout, derrière le cou, au torse, aux bras, aux jambes et même…


Pendant qu’il parlait, il montrait les différentes entailles sous les yeux dégoutés des deux policiers.

Il retira le drap de la partie inférieure du corps. Barbier se mit délicatement à le soulever.

Lecouerc se cacha les yeux alors que Jacquier tout blanc se précipita vers l’évier situé dans le coin gauche de la salle.

-          Espèce de pervers, parvint-il à dire entre deux vomissements.

-          Ne vous en faites pas, je vous enverrai les résultats détaillés dans les jours qui viennent, un dossier complet avec plein de photos comme vous les aimez et surtout la confirmation de mon collègue de La Réunion sur l’arme du crime.

-          Au plaisir Barbier.

-           Ça vous dirait un petit déjeuner vous et moi un midi en tête à tête Lecouerc ?

-          Franchement Barbier, même dans le plus horrible de mes cauchemars ça n’arrive pas et je n’aime pas les films d’horreur.

-          Ah ah ah, s’esclaffa Jacquier, qui tapa dans la main de Lecouerc.

-          Revenez quand vous voulez, et fermez la porte en partant, dit d’une voix inquiétante Barbier.

 

 

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